Semaine nationale de l'immigration francophone (SNIF) 2022

Dernière mise à jour : 12 nov.



La Semaine nationale de l'immigration francophone (SNIF) nous offre l'occasion de mettre en lumière les parcours inspirants de nos voisins et les rencontres riches en couleurs possibles grâce à nos communautés multiculturelles.

 

Profil 3 : Chafiaa Ihamouchen



Éducatrice au Centre de la Petite Enfance Francophone Les Petits rayons de soleil, situé à Rustico.


La fierté de qui on est!



Chafiaa est une femme kabyle, originaire d’Algérie. Les Kabyles sont l’une des ethnies qui composent le peuple Berbère, un ensemble de populations qui occupe une vaste zone de l’Afrique septentrionale et saharienne. La plupart des Berbères vivent aujourd’hui au Maroc, en Algérie, en Tunisie, en Libye, au Niger, au Mali, en Mauritanie, au Burkina Faso et en Égypte. Victimes d’un manque de reconnaissance de la part des autres habitants de ces régions, les Berbères (dits aussi Imazighen, ou ‘’hommes libres’’) sont les habitants d’origine de l’Afrique du Nord, avant que la colonisation ne les ait progressivement dépossédés de leur culture et de leur Histoire.

Arrivée sur le sol canadien le 9 septembre 2022, Chafiaa veille depuis à transmettre ses valeurs aux jeunes enfants du Centre ‘’Les Petits rayons de soleil’’ : le respect, le partage, l’entraide, la modestie, l’amour et la tolérance d’autrui. Des principes qui n’ont pas de frontières…


Pourquoi avoir choisi l’Île-du-Prince-Édouard? 

Mon projet d'immigration a débuté en 2021, lorsque j’ai participé au forum mobilité ‘’Destination Canada’’. Cependant, je n’ai pas choisi de m’installer à l'Île lors de ce forum: j’avais eu un coup de cœur pour l’originalité et la beauté stupéfiante de cette belle province bien avant! C'est une île touristique, mais surtout elle regorge de facettes complémentaires, des villes lumineuses à la campagne paisible et tranquille… J’avais déjà fait de nombreuses recherches sur la province, aussi dès que j’ai obtenu un contrat de travail, j'ai directement sauté sur l'occasion. 

Quel a été votre principal défi, à votre arrivée?

Mon plus grand défi? M'épanouir dans mon travail, et être à la hauteur des attentes de l’ACPEFIPE (L'Association des Centres de la Petite Enfance Francophones de l’Î-P-É) et des personnes qui m’ont tendu la main: Kathleen Couture, la directrice générale de l’Association; Yoan Rousseau, coordinateur de rétention et de recrutement; Jennifer Gallant, directrice du Centre ‘’Les Petits rayons de soleil’’; ainsi que la formidable Andréa Deveau, directrice du Conseil Acadien de Rustico. À la hauteur de la confiance des parents qui nous remettent leurs enfants, aussi.

Un autre défi a été de m’habituer à vivre loin de ma famille et de mes habitudes, et à aider mes enfants à bien s’intégrer ici. Un défi que nous avons déjà franchi avec succès!

Un dernier pour la route? C’est plutôt un défi que je me lance à moi-même, mais j’aimerais parvenir à rendre justice à la beauté des paysages de l’Île dans mes toiles (car en-dehors de mon travail d’éducatrice, je suis artiste-peintre en autodidacte) … pas facile!

Comment s’est passée votre rencontre avec la francophonie de l’Île? La communauté francophone insulaire a-t-elle eu un impact sur vous et votre façon de vivre le français?

Je n’ai pas tant eu l’occasion que cela de rencontrer véritablement la communauté francophone… Comme ici les francophones sont rares, je suis souvent très excitée à l’idée de les rencontrer. 

Avez-vous un souvenir marquant, ou une anecdote amusante que vous avez vécue ici et aimeriez partager?

Le soir de mon arrivée à l'Île a été très mouvementé! Après deux jours passés à Montréal, moi, mon mari et mes enfants avons enchaîné avec un long trajet en voiture jusqu'ici. Une vraie aventure, j’étais exténuée! Nous sommes finalement arrivés tard dans la nuit, et la maison que nous devions habiter ressemblait à s’y méprendre à une maison hantée… Comme dans les films, lorsque les personnages déménagent et que les âmes des anciens occupants de la maison continuent à y vivre! J’ai direct explosé en pleurs, pendant que mes enfants mon mari riaient de moi. Pareil, la nuit de l’ouragan Fiona, j'ai réveillé tout le monde pour les convaincre de dormir tous ensemble dans une même pièce, histoire d’avoir moins peur… Évidemment, là encore, ils se sont moqués de moi… 

Le thème de la Semaine Nationale de l’Immigration Francophone de cette année est « Nos traditions et notre avenir »… Qu’est-ce qui, selon vous, permettra à la francophonie canadienne de s’épanouir, dans l’avenir?

Pour aider les francophones, il faudrait peut-être organiser plus d'activités culturelles et donner plus d'occasions aux plus jeunes de se rencontrer, par exemple en faisant des clubs d’informatique ou des sessions de rencontres sur les réseaux, afin de s’adapter aux habitudes de leur génération. Mais surtout, il faut les encourager à être fier.e.s de ce qu’ils sont, en réfléchissant à des facteurs de valorisation de l’identité, de la langue et de la culture de chacun.e. Tous les moyens sont bons pour cela, et il y en a une flopée: chansons, études, découverte de l’histoire, soirées de contes, port de tenues traditionnelles, cuisine… Des rencontres communautaires qui donneront la possibilité de ne pas se renfermer sur soi, et de faciliter au contraire l'intégration à la francophonie, en encourageant et respectant les principes et traditions de tous.tes! 


 

Profil 2 : Kevin Dodier



Agent de développement au Comité Acadien et Francophone de l’Est (C.A.F.E.)


Travailler pour continuer à vivre en français.



Kevin vient de Sainte-Anne-des-Plaines, une petite ville rurale de 30 000 habitants, située au nord de Montréal. Il y a vécu pendant ses 28 premières années, avant de venir s’installer à l’Île-du-Prince-Édouard, le 19 février 2022.


Pourquoi avoir choisi l’Île-du-Prince-Édouard? 

J’ai choisi l’ÎPÉ parce que j’avais le goût du changement. Daniel, mon conjoint, avait lui aussi le goût du changement. Il a appliqué pour un poste au gouvernement de l’Île afin de pouvoir aider les gens grâce à ses multiples compétences. Et la magie a opéré : deux mois plus tard, nous déposions nos valises ici. Pour ma part, ayant travaillé dans l’évènementiel durant presque 14 ans, je voulais m’orienter vers un domaine différent. Et maintenant, je suis agent de développement communautaire à Rollo Bay.


Quel a été votre principal défi, à votre arrivée?

Mon principal défi, je dirais que ça a été de trouver des services en français : barbier, épicerie, restaurant, … Bref : les services de tous les jours. Mon anglais est très bien, ce n’est pas le problème, mais je ne veux pas perdre ma langue première qui est le français. D’ailleurs, mon deuxième défi aura été de trouver un emploi en français.


Comment s’est passée votre rencontre avec la francophonie de l’Île? La communauté francophone insulaire a-t-elle eu un impact sur vous et votre façon de vivre le français?

Cela n’a pas été facile, de rencontrer la communauté francophone! Là où Daniel et moi vivons, à Cornwall, la très grande majorité des gens est anglophone. À la maison, nous pouvions continuer de parler en français, mais pas à l’extérieur. C’est depuis que je suis au Comité Acadien et Francophone de l’Est que ma vie en français a pu continuer. Même si trouver un emploi en français dans la région n’a pas été facile... Après plusieurs mois de recherche, j’ai finalement été contacté par Pierre Gayant, l’ancien directeur du C.A.F.E, et au mois de mai 2022, j’ai pu commencer à travailler en français. Cela m’a soulagé de voir qu’il n’y a pas seulement au Québec que les gens sont fiers de parler en français.


Avez-vous un souvenir marquant, ou une anecdote amusante que vous avez vécue ici et aimeriez partager?

Mon anecdote serait ma rencontre avec la serveuse du restaurant réputé Salt and Sol à Charlottetown : elle parle anglais, mais cela ne l’a pas empêché de me dire en français qu’elle aimait la langue française. En fait, elle prenait des cours de français, et était vraiment fière de pouvoir parler la langue avec moi 😊


Le thème de la Semaine Nationale de l’Immigration Francophone de cette année est « Nos traditions et notre avenir »… Qu’est-ce qui, selon vous, permettra à la francophonie canadienne de s’épanouir, dans l’avenir?

Du travail pour promouvoir la langue et offrir de plus en plus d’aide et de soutien aux nouveaux arrivants.


 

Profil 1 : Morgane Lepage





Adjointe aux communications et projets à la SAF’Île


Une soif d’aventure et d’ailleurs…

Morgane est originaire de Laon, dans le Nord de la France. Elle est arrivée à l’Île en juillet 2022, pour une mission de service civique auprès de la Société Acadienne et Francophone de l’Île-du-Prince-Édouard.

Pourquoi avoir choisi l’Île-du-Prince-Édouard? 

Pour être tout à fait honnête, je ne connaissais pas vraiment l’Île lorsque j’ai appliqué pour faire un service civique (forme de volontariat) au Canada. J’avais soif d’aventure, de découvertes, et surtout d’ailleurs. Alors lorsque j’ai découvert la mission proposée par la SAF’Île, qui m’intéressait tout en me permettant de sortir de ma zone de confort, je me suis dit « et pourquoi pas » ? Je me suis mise à faire des recherches sur la culture des provinces atlantiques, sur la francophonie acadienne et insulaire, sur l’Île-du-Prince-Édouard en général, ses paysages et ses plages … Et là, je me suis mise à compter les jours avant mon départ ! Même les villes ont des noms magiques ici : « Hope River », « Summerside », « Crapaud » … Comme si la province nous encourageait à voir le quotidien avec plus de poésie.

Quel a été votre principal défi, à votre arrivée?

Le transport! Cela continue d’être un défi, d’ailleurs… L’offre de transports en commun est malheureusement quasiment inexistante à l’Île, si on ne vit pas à Charlottetown. Et même à Charlottetown, certains bus, notamment ceux qui permettent de rejoindre la périphérie de la ville, ne fonctionnent pas le week-end. Les distances qui séparent les lieux d’intérêt principaux de la province sont trop importantes pour pouvoir se contenter d’un vélo (même si, pour le strict quotidien, cela se fait) et les prix de location de voitures sont exorbitants. Ici, il est nécessaire (en tout cas si l’on espère avoir une petite vie sociale et avoir plus d’opportunités de logement) d’acheter une voiture. Une sacrée démarche, mais surtout une vraie angoisse lorsque nous ne disposons pas de ressources suffisantes pour cela… En plus, l’absence de véhicule peut impacter tous les niveaux de la vie : vie sociale et culturelle bien sûr, déplacements professionnels, et même le logement, puisqu’il n’est alors pas possible de s’installer trop loin de son lieu de travail! Des arrangements peuvent certes être trouvés avec des personnes réalisant les mêmes trajets, mais sur le long terme, c’est trop incertain (et frustrant).

Comment s’est passée votre rencontre avec la francophonie de l’Île? La communauté francophone insulaire a-t-elle eu un impact sur vous et votre façon de vivre le français?

Je me suis vite sentie très à l’aise avec les francophones insulaires! Comme il s’agit d’une petite communauté, tout le monde connaît tout le monde et, une fois que l’on rencontre une personne, le reste de la communauté ne tarde pas à se révéler… Je ne connaissais pas suffisamment l’Histoire et les enjeux du peuple francophone de l’Île en arrivant ici, mais la majorité des personnes que j’ai rencontré se sont montrées bienveillantes, et ont contribué à peindre la fresque mentale que je me fais de la francophonie par leurs anecdotes. Elles m’ont accueillie à bras ouverts et avec chaleur, comme une grande famille. Nous ne nous comprenons pas toujours – nos accents et nos expressions sont très différents – mais cela ne nous empêche pas de vibrer à l’unisson pour le développement de la langue et de la culture francophone en Atlantique.

Ces rencontres que j’ai faites ont véritablement changé ma façon de percevoir ma langue au quotidien. Là d’où je viens, le français est une évidence. Nous sommes au contraire encouragés à développer davantage notre anglais afin de nous ouvrir plus de portes à l’international. Pour la première fois ici, j’ai été confrontée à l’insécurité langagière, et surtout à la lutte constante que représente le fait de la préserver, comme part d’une identité. Dans le cadre de mon travail à la SAF’Île, j’ai pu assister à plusieurs évènements de promotion et de défense de la langue, et j’ai été touchée par les histoires que j’ai entendues. Plus important encore : j’ai compris que rien n’était acquis, et cela m’a donné l’envie de m’investir plus encore, pour que le français puisse être entendu au quotidien sur l’Île-du-Prince-Édouard. Bien sûr, je continue d’essayer d’améliorer mon anglais, mais désormais je prête une attention toute particulière à réaliser certaines tâches en français, même si cela peut sembler moins évident au premier abord.

Avez-vous un souvenir marquant, ou une anecdote amusante que vous avez vécue ici et aimeriez partager?

Grâce au bénévolat que j’ai pu faire depuis mon arrivée, j’ai vécu beaucoup de choses vraiment uniques! Je pense que l’une de celles qui m’a le plus amusée est qu’il m’arrive fréquemment de rencontrer pour la première fois des personnes qui sont de leur côté persuadées de me connaître déjà. Un peu effrayée sur ce que cela révélait de ma mémoire dans un premier temps, je me suis finalement aperçue que tous ces gens m’avaient vu danser à un endroit ou un autre : au Village Musical Acadien, à un souper-spectacle, à un festival… J’étais tellement heureuse de découvrir la culture musicale de l’Île que j’ai dansé un peu partout durant l’été! C’est plutôt chouette de rencontrer des gens suite à ce type d’activité : cela place la relation sous le signe de la fête et de la musique. Et cela m’a plutôt bien réussi, puisque grâce à cela, j’ai pu aller à quelques partys de cuisine, avec musiciens exceptionnels et fricot que l’on partage tous ensemble à 5h du matin!

Le thème de la Semaine Nationale de l’Immigration Francophone de cette année est « Nos traditions et notre avenir »… Qu’est-ce qui, selon vous, permettra à la francophonie canadienne de s’épanouir, dans l’avenir?

L’ouverture sur l’autre, qu’il s’agisse de jeunes insulaires ou de nouveaux arrivants, est la clef je pense. Pour qu’une langue puisse avoir une certaine vitalité, elle doit pouvoir compter un minimum de locuteurs, et toucher tous les âges. C’est alors que s’enclenche un cercle vertueux (ou vicieux, selon la façon dont on le perçoit) : plus il y aura de francophones dans une province, plus de services et activités en français seront proposés, et plus les francophones auront envie de rester. Il faut vraiment mettre l’accent sur le bien-être mental des francophones, autant de l’Île que d’ailleurs, pour leur donner envie de rester et de contribuer à leur tour à bâtir une communauté stable et vivante. L’isolement est autant un fléau pour les individus que pour la langue : c’est en s’associant, en étant plusieurs à vivre en français, que le français pourra perdurer. Réaliser des rencontres entre francophones, de tous âges et de toutes horizons, me semble donc un bon premier pas.